« Tel que »
la règle d’accord que tout le monde rate
« Tels que », « telle quelle », « tel qu’elle »… L’accord se joue sur un seul mot, placé juste avant « que ».
Dans « tel que », le mot « tel » s’accorde avec le nom placé avant « que », jamais avec l’exemple qui suit. Les formes voisines obéissent à d’autres logiques, et c’est ce qui crée la confusion.
- Tel que : on accorde avec le nom qui précède (« des sports tels que le tennis »).
- Tel employé seul : sans « que », l’accord se fait le plus souvent avec le nom qui suit.
- Tel quel : les deux mots s’accordent avec le nom concerné (« la copie telle quelle »).
- Rien de tel : « tel » reste invariable.
On l’écrit des dizaines de fois par semaine, dans un mail, un compte rendu, un message. « Des outils tel que… », « des langues telles que… » : au moment de poser le « s » ou le « e », un doute s’installe. Faut-il accorder avec l’exemple qui suit, ou avec le mot d’avant ? La locution paraît anodine, et c’est justement là qu’elle piège. Une fois la logique comprise, l’erreur disparaît.
« Tel que »
on accorde avec le nom d’avant, pas avec l’exemple
La règle tient en une phrase : dans « tel que », le mot « tel » s’accorde avec le nom qui le précède, jamais avec ce qui suit. Ce nom d’avant, c’est l’antécédent, l’élément dont on va donner un exemple.
L’erreur la plus répandue consiste à regarder l’exemple plutôt que l’antécédent. Écrire « des sports tel que le tennis » paraît logique puisque « le tennis » est masculin singulier, mais c’est faux : l’exemple n’a aucune influence sur l’accord. Le réflexe à garder : repérez le nom placé avant « que », accordez sur lui, ignorez ce qui vient ensuite.
| Antécédent (nom d’avant) | Genre et nombre | Forme correcte |
|---|---|---|
| des sports | masculin pluriel | des sports tels que le tennis |
| une langue | féminin singulier | une langue telle que le français |
| des qualités | féminin pluriel | des qualités telles que la patience |
| un outil | masculin singulier | un outil tel que le tableur |
À quoi sert « tel que », au juste
La locution a deux emplois distincts. Le premier, le plus courant, introduit un ou plusieurs exemples : « des fruits tels que la pomme et la poire ». Le second marque une intensité suivie d’une conséquence : « un bruit tel que je n’entendais plus rien », « une fatigue telle qu’elle ne tenait plus debout ». Dans ce second cas, « tel que » ne donne pas un exemple, il mesure un degré.
On confond souvent « tel que » et « comme », qui peuvent tous deux introduire un exemple. « Des fruits comme la pomme » et « des fruits tels que la pomme » disent à peu près la même chose ; « tel que » est simplement plus précis et un peu plus soutenu. En revanche, cumuler les deux, « comme tel que », est fautif : il faut choisir.
Reste la virgule. Quand « tel que » introduit un exemple qui restreint le sens, on ne met pas de virgule avant : « les pays tels que la France appliquent cette règle ». La virgule n’apparaît que si l’on ajoute une précision détachée, plus accessoire.
« Tel » employé seul
l’accord change de logique
Sans « que », « tel » suit une règle différente, et c’est ce changement qui sème la confusion. Employé seul dans une comparaison, en langage soutenu, « tel » s’accorde le plus souvent avec le nom qui le suit, le terme auquel on compare : « il bondit tel un ressort », « elle nageait telle une sirène », « les flammes montaient telles des colonnes ».
Soyons honnête sur un point : l’usage admet aussi l’accord avec le nom qui précède, surtout quand « tel » se rapporte nettement au sujet. Les deux se rencontrent. Mais la tradition grammaticale et l’usage majoritaire penchent pour l’accord avec le terme de comparaison qui suit. En cas de doute, c’est cette option qu’on peut retenir sans crainte. L’essentiel est de ne pas mélanger les deux mécanismes : avec « que », on regarde devant ; sans « que », on regarde le plus souvent derrière.
Tel que
Accord avec le nom qui précède. « Des écrivains tels que Hugo » : on accorde avec « écrivains », pas avec « Hugo ».
Tel seul
Comparaison : accord le plus souvent avec le nom qui suit. « Elle nageait telle une sirène ».
Tel quel
Les deux mots s’accordent. « Je garde les meubles tels quels », « la copie telle quelle ».
« Tel quel » ou « tel qu’elle » ? Le test qui tranche
« Tel quel » signifie « sans changement, dans l’état ». La locution est formée de deux adjectifs, et les deux s’accordent avec le nom concerné : « il a rendu la copie telle quelle », « j’ai laissé les choses telles quelles », « ces meubles, je les garde tels quels ». À ne pas écrire « tel qu’elle », qui veut dire autre chose et sous-entend un verbe : « je l’aime telle qu’elle est ».
-
Lisez la phrase sans le mot
Repérez ce que vous voulez dire : « inchangé » ou « telle qu’elle est » ?
-
Faites le test « qu’elle est »
Si vous pouvez ajouter « qu’elle est » ou « qu’il est », écrivez « tel qu’elle / tel qu’il ».
-
Sinon, c’est « tel quel »
Au sens de « sans changement », écrivez « tel quel » et accordez les deux mots avec le nom concerné.
Les pièges qui restent
Quelques expressions échappent à la règle générale. Dans « en tant que tel », « tel » s’accorde avec le nom auquel il renvoie : « cette décision, prise en tant que telle, n’a rien d’illégal » ; « ces données, en tant que telles, ne disent rien ». On retombe sur la logique de base : on cherche le nom concerné et on accorde dessus.
Dans « rien de tel », « tel » est invariable : « il n’y a rien de tel qu’une bonne nuit de sommeil », même quand on évoque plusieurs choses. Ici, « tel » se rapporte à « rien », qui ne varie pas.
À retenir
Trois réflexes suffisent. Avec « tel que », on accorde avec le nom placé avant « que », pas avec l’exemple. « Tel » employé seul, sans « que », s’accorde le plus souvent avec le nom qui suit, dans une comparaison. Et « tel quel » fait varier ses deux mots avec le nom concerné, à ne pas confondre avec « tel qu’elle ». Repérer le bon nom de référence, c’est toute la règle.
Écrit-on « tel que » ou « tels que » ?
Cela dépend du nom qui précède. Si cet antécédent est masculin pluriel, on écrit « tels que » ; féminin singulier, « telle que » ; féminin pluriel, « telles que ». L’exemple qui suit n’entre jamais en compte.
Dit-on « des villes telles que Paris » ou « tel que Paris » ?
« Des villes telles que Paris ». On accorde avec « villes » (féminin pluriel), donc « telles que », même si « Paris » est un nom unique. C’est l’antécédent qui commande, pas l’exemple cité.
Quelle différence entre « tel quel » et « tel qu’elle » ?
« Tel quel » signifie « sans changement » : « je le laisse tel quel ». « Tel qu’elle » contient un sous-entendu verbal : « telle qu’elle est ». Si l’on peut ajouter « qu’elle est » ou « qu’il est », c’est « tel qu’elle / tel qu’il » ; sinon, c’est « tel quel ».
Peut-on remplacer « tel que » par « comme » ?
Souvent oui, pour introduire un exemple : « des fruits comme la pomme » équivaut à « des fruits tels que la pomme ». « Tel que » reste plus précis et un peu plus soutenu. En revanche, on n’écrit jamais « comme tel que » : il faut choisir l’un ou l’autre.
« Tel » s’accorde-t-il toujours ?
Presque toujours, en genre et en nombre avec le nom de référence. L’exception notable est « rien de tel », où « tel » reste invariable, car il se rapporte à « rien ».
Derrière une locution de deux mots se cache une petite mécanique d’accord : trouver le bon nom de référence règle presque tous les cas, et le doute s’efface.